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Lucie Lambert et Nicolas Bécret : un nouveau chapitre pour l’Usine à Chapeaux

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Membres du bureau de l’Usine à Chapeaux depuis de nombreuses années, Lucie Lambert et Nicolas Bécret prennent aujourd’hui de nouvelles responsabilités au sein de l’association. Elle en devient directrice générale après dix années de présidence ; il en devient président après avoir été trésorier. Deux parcours étroitement liés à l’histoire de l’Usine, une même conviction autour de l’engagement collectif et des ambitions communes pour les années à venir. Rencontre croisée.

Lucie, Nicolas, votre histoire avec l’Usine à Chapeaux commence par la musique. Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec l’association ?

Lucie Lambert : J’ai découvert l’Usine à Chapeaux lorsque j’étais ado, en venant assister à des concerts avec mes amis. J’ai tout de suite aimé l’atmosphère du lieu. Je m’y suis sentie en confiance, dans un espace où tout semblait possible. Ensuite, j’y ai été accueillie et accompagnée comme musicienne, puis comme jeune adulte, avant d’y construire progressivement mon parcours professionnel.

Nicolas Becret : Je suis arrivé en 2007, à la recherche d’un local de répétition pour mon groupe de musique amateur. Nous avions obtenu un créneau le samedi soir à 22 heures, surnommé le « créneau de la mort » ! Lors d’une de nos premières répétitions, une bénévole est venue nous présenter l’association. C’était Lucie. La semaine suivante, j’étais bénévole au Bœuf à l’Usine, puis au Conseil des musiciens. Ce qui m’a donné envie de m’engager, ce n’était pas seulement ce que l’Usine proposait, mais la possibilité d’y trouver une place et d’y être utile.

 

Près de vingt ans plus tard, vous vous retrouvez à la tête de l’association. Qu’est-ce qui continue de nourrir votre engagement ?

Nicolas : Ce qui me motive, c’est ce que l’Usine fait naître humainement. Au-delà des concerts, des activités et de l’accompagnement, il y a des personnes qui se rencontrent, apprennent, gagnent en confiance, prennent des responsabilités, puis deviennent bénévoles à leur tour. J’ai le sentiment que le temps et l’énergie que chacun donne ici produisent quelque chose qui nous dépasse individuellement.

Lucie : Je partage cette conviction. Ce qui me porte, ce sont le sens et les valeurs de l’Usine à Chapeaux : ils sont intacts et plus pertinents que jamais pour notre territoire et notre société. Militante associative, j’ai construit mon parcours professionnel dans l’économie sociale et solidaire, l’éducation populaire, les arts et la culture, et le lien social. Depuis plus de quinze ans, la vie de l’Usine fait partie de mon quotidien. Aujourd’hui, j’ai à cœur de faire bénéficier l’association des compétences que j’ai acquises et d’ancrer pleinement mon engagement à Rambouillet, sur le territoire où je vis.

 

Lucie, après dix années à la présidence, tu deviens directrice générale. Nicolas, après avoir été trésorier, tu prends la présidence. Comment abordez-vous cette nouvelle étape ?

Lucie : Je ressens beaucoup de motivation, mais aussi une certaine émotion et un peu de nostalgie. Ces dix années de présidence ont été une période charnière pour l’association, marquée par le départ du directeur fondateur, Lionel Bobel, une réorganisation, des évolutions importantes, puis les crises du Covid et de l’inflation. Je tourne une page et je suis heureuse de pouvoir désormais me consacrer pleinement à l’Usine. Je me sens à ma place, au bon moment et au bon endroit.

Cette nouvelle fonction implique aussi de construire une relation professionnelle différente avec l’équipe salariée. La confiance existe depuis longtemps, mais le lien professionnel ne s’invente pas : il se construit. J’ai envie d’écrire cette nouvelle histoire avec l’équipe, les bénévoles, les partenaires et les habitants, sans rien considérer comme acquis.

Nicolas : Le mandat de trésorier m’a permis de comprendre finement le fonctionnement de l’association, ses ambitions, mais aussi ses contraintes et ses fragilités. Au fil du temps, j’ai eu envie de contribuer non seulement à sa bonne santé financière, mais aussi à la manière dont nous allons collectivement construire son avenir. Les chiffres restent essentiels : ils font partie des conditions qui permettent au projet associatif de durer.

Pour moi, le président est le garant du projet associatif et de la démocratie associative. Je souhaite être présent sans être omniprésent, à l’écoute sans chercher à tout arbitrer, et créer les conditions du dialogue.

 

Comment vos deux fonctions vont-elles se compléter au quotidien ?

Nicolas : Je fais confiance à Lucie : son savoir-faire et son expertise professionnelle sont de vrais atouts pour l’Usine. Mon rôle est de contribuer à définir les orientations, de veiller au respect du projet associatif et de créer les conditions pour que chacun puisse prendre sa place.

Lucie : Le Conseil d’administration, avec Nicolas, définit les orientations stratégiques et vote le budget. Ma mission est de les décliner de façon opérationnelle : encadrer l’équipe salariée, coordonner les différents pôles d’activité, piloter la mise en œuvre des projets, assurer le suivi budgétaire et le dialogue avec nos partenaires financeurs. Je veillerai aussi à l’organisation du travail et aux conditions dans lesquelles l’équipe exerce ses missions.

Peu de structures réunissent autant de métiers que l’Usine à Chapeaux : la régie technique du spectacle, l’accompagnement des familles, l’enseignement musical ou encore la psychologie. Ces compétences cohabitent au service d’un projet global. Cette articulation est une force précieuse que je souhaite continuer à faire vivre.

 

La saison 2026-2027 s’annonce dense. Quels sont les principaux chantiers à engager ?

Nicolas : Nous devons d’abord stabiliser la nouvelle direction et la situation financière. Le renouvellement de plusieurs conventions partenariales nous mobilisera également. Nous voulons ensuite recréer du lien entre les bénévoles, les professionnels, les administrateurs et les usagers. Enfin, il faut préparer l’avenir en travaillant sur notre modèle économique, en diversifiant nos ressources et en reconstituant notre sécurité financière.

Lucie : Ces enjeux sont étroitement liés. Plusieurs partenariats essentiels doivent être renouvelés : avec la Ville, avec Rambouillet Territoires, l’agglomération, avec le ministère de la Culture, dans le cadre de notre label SMAC (Scène de Musiques Actuelles), et avec la CAF. Cette saison marque en effet le lancement de notre nouveau projet social, qui porte notre agrément centre social pour les cinq prochaines années. Nous développerons aussi le projet artistique et culturel de la SMAC. Notre boussole reste la même : répondre aux besoins des habitants du territoire, dans leur diversité, et permettre à chacun d’y trouver sa place

Un autre chantier majeur concerne nos locaux. Nos espaces actuels, salle de concert comme salles d’activités, doivent être rénovés, et ils ne suffisent plus : nous avons besoin d’une salle de concert plus grande et de salles d’activités supplémentaires, ce qui implique de rechercher de nouvelles implantations. Nous devons aussi repenser notre présence sur le territoire, avec de nouvelles formes artistiques itinérantes dans les communes de Rambouillet Territoires et au-delà.

 

Comment concilier ces ambitions avec les défis économiques auxquels le secteur associatif est confronté ?

Lucie : L’Usine à Chapeaux est financée à 65 % par les pouvoirs publics. Notre modèle socio-économique est mis à rude épreuve par le contexte national. Dans cinq ans, je souhaite que l’on puisse regarder l’association sous le prisme de la stabilité, avec un budget sécurisé et de bonnes conditions de travail pour les équipes. L’Usine a toujours su garder le cap dans les mers agitées. J’espère qu’elle pourra bientôt reprendre le large, portée par des vents plus favorables.

Nicolas : Je partage cette volonté de consolider la maison sans renoncer à son ambition. Dans cinq ans, j’aimerais que l’Usine soit toujours aussi ambitieuse, mais plus solide, davantage déployée sur le territoire, avec de nouvelles ressources et une gouvernance qui continue de se renouveler. Nous devons nous donner les moyens d’accompagner les évolutions économiques et territoriales, tout en faisant évoluer nos pratiques.

 

Quelle place souhaitez-vous donner aux bénévoles et à la vie associative dans ce nouveau chapitre ?

Nicolas : Redonner de la force au collectif est une orientation qui nous tient particulièrement à cœur. Je souhaite réaffirmer la place des bénévoles au centre du projet associatif et développer une collaboration profonde entre bénévoles et professionnels, sur les plans stratégique et opérationnel. Notre rôle est de prendre soin de cette maison, de lui redonner de la force et de la transmettre un peu plus belle et un peu plus solide à celles et ceux qui viendront après nous.

Lucie : Je tiens également à préserver cette dynamique. Nous ne sommes pas dans un entre-soi, mais dans une gouvernance où l’engagement bénévole joue un rôle fondamental. Le projet de l’Usine nous dépasse : il compte près de 66 années d’existence. Il faut lui permettre de se renouveler, d’accueillir de nouveaux engagements et de se transmettre aux générations suivantes.

Je suis convaincue qu’une association comme la nôtre permet aux habitants de devenir acteurs de la vie de la cité. Le lien social est le cœur du réacteur. Nous devons mobiliser nos moyens pour le préserver, le renforcer et continuer à faire de la culture un espace de rencontre et de proximité.

 

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux salariés, aux bénévoles et à toutes celles et ceux qui font vivre l’Usine à Chapeaux ?

Nicolas : Le mot qui résume mon état d’esprit est « transmission ». Nous sommes les dépositaires d’un héritage bâti par celles et ceux qui nous ont précédés. Notre rôle est de le préserver, de le faire évoluer et de permettre à celles et ceux qui viendront après nous de s’en emparer à leur tour.

Lucie : Confiance. C’est le mot qui me vient. L’Usine a traversé bien des périodes, et c’est toujours la force du collectif qui l’a portée : des salariés compétents et investis, des bénévoles engagés, des habitants qui s’approprient le lieu. Les années qui viennent nous demanderont de l’exigence et de l’audace. Je m’y engage pleinement, avec vous, pour que l’Usine reste un lieu de culture, de rencontre et de lien social au cœur du territoire

Deux parcours, deux responsabilités complémentaires et une même conviction : l’avenir de l’Usine à Chapeaux se construira collectivement, en restant fidèle à son histoire tout en ouvrant de nouveaux horizons.

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